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La consommation d’aliments moins bien classés sur l’échelle du Nutri-Score est associée à un risque accru de maladies cardiovasculaires

Un article paru le 11 septembre 2024 dans le Lancet Regional Health-Europe, rapporte un risque accru de maladies cardiovasculaires associé à la consommation d’aliments moins bien classés sur l’échelle du Nutri-Score (dans sa version mise à jour) au sein de la cohorte européenne EPIC (European Prospective Investigation into Cancer and Nutrition).

De nombreuses études publiées dans des journaux scientifiques internationaux (plus de 140 publications) ont déjà démontré la validité du Nutri-Score pour caractériser la qualité nutritionnelle des aliments ou encore son efficacité pour aider les consommateurs à choisir des produits de meilleure qualité nutritionnelle. En particulier, des liens entre la consommation d’aliments moins bien classés sur l’échelle du Nutri-Score (qualité nutritionnelle moindre) et un risque accru de maladies cardiovasculaires ont jusqu’ici été observés dans des études françaises (cohortes SU.VI.MAX et NutriNet-Santé). Des études conduites en France, en Espagne et en Italie ont également observé des associations similaires avec un risque accru pour diverses pathologies chroniques ainsi qu’une mortalité accrue.

Cette nouvelle étude s’est intéressée à la nouvelle version de l’algorithme qui sous-tend le Nutri-Score (actualisé en 2024), en lien avec le risque de maladies cardiovasculaires, dans une large population répartie dans 7 pays d’Europe. Elle fait suite à deux études publiées en 2018 et en 2020 dans la même population et portant sur le risque de cancer et sur la mortalité.

Dans ce nouvel article, au total, 345 533 participants de la cohorte EPIC ont été inclus dans les analyses. Au cours du suivi (12 ans, entre 1992 et 2010), 16 214 participants ont développé une maladie cardiovasculaire (dont 6 565 infarctus du myocarde et 6 245 accidents vasculaires cérébraux ou AVC). Les résultats montrent que les participants consommant en moyenne plus d’aliments moins bien notés sur l’échelle du Nutri-Score (reflétant une moins bonne qualité nutritionnelle,) présentaient un risque accru de maladies cardiovasculaires et en particulier d’infarctus du myocarde et d’AVC. Ces associations étaient significatives après la prise en compte d’un grand nombre de facteurs sociodémographiques et liés au mode de vie.

Ces résultats, combinés à l’ensemble des données disponibles concernant le Nutri-Score et l’algorithme qui le sous-tend, confirment la pertinence du Nutri-Score, notamment de sa version récemment révisée, en tant qu’outil de santé publique pour guider les consommateurs dans leurs choix alimentaires dans une optique de prévention des maladies chroniques et notamment les maladies cardio-vasculaires.

Il faut rappeler que les maladies cardiovasculaires sont la principale cause de mortalité en Europe occidentale, représentant 1/3 des décès en 2019. L’alimentation serait responsable d’environ 30 % des décès dus aux maladies cardiovasculaires. Les politiques nutritionnelles de prévention constituent donc un enjeu de santé publique majeur pour ces pathologies.

Ces résultats fournissent des éléments clés pour soutenir l’adoption du Nutri-Score comme logo nutritionnel obligatoire en Europe.

Commentaire:
Cette étude validant l’intérêt du Nutri-Score et notamment de sa mise à jour récente par le Comité Scientifique européen en charge du Nutri-Score est particulièrement importante au moment ou Danone annonce se désengager du Nutri-Score pour cinq de ses marques sous prétexte que la nouvelle version révisée du Nutri-Score pénaliserait leurs yaourts à boire et boissons végétales (ce qui est légitime du point de vue la santé publique du fait de leur teneur en sucre élevée), démontrant que Danone pour essayer de préserver ses intérêts financiers refuse aux consommateurs la transparence nutritionnelle auquel il a droit pour ses marques qui commercialisent des produits mal classés (à juste titre) par le Nutri-Score du fait de leur teneur élevée en sucre. Voir article explicatif publié sur ce blog.

Sources

Nutritional quality of diet characterized by the Nutri-Score profiling system and cardiovascular disease risk: a prospective study in 7 European countries

Mélanie Deschasaux-Tanguy1, Inge Huybrechts2, Chantal Julia1,3, Serge Hercberg1,3, Barthélémy Sarda1, Morgane Fialon1, Nathalie Arnault1, Bernard Srour1, Emmanuelle Kesse-Guyot1, Léopold K. Fezeu1, Carine Biessy2, Corinne Casagrande2, Bertrand Hemon2, Elisabete Weiderpass2, Maria G. M. Pinho2,4,5, Neil Murphy2, Heinz Freisling2, Pietro Ferrari2, Anne Tjønneland6,7, Kristina Elin Nielsen Petersen6, Verena Katzke8, Rudolf Kaaks8, Matthias B. Schulze9,10, Giovanna Masala11, Valeria Pala12, Salvatore Panico13, Fulvio Ricceri14,15, W. M. Monique Verschuren16, Jolanda M. A. Boer16, Yvonne T van der Schouw17, Guri Skeie18, Antonio Agudo19,20, Esther Molina-Montes21,22,23,24, José María Huerta21,25, Conchi Moreno-Iribas21,26,27, Ulrika Ericson28, Emily Sonestedt28, Anna Strid29, Viktor Oskarsson30, Tammy Y. N. Tong31, Alicia K. Heath32, Elom K. Aglago32, John Danesh33, Elio Riboli32, Marc J. Gunter2, Mathilde Touvier1

1 Université Sorbonne Paris Nord and Université Paris Cité, INSERM, INRAE, CNAM, Center for Research in Epidemiology and StatisticS (CRESS), Nutritional Epidemiology Research Team (EREN), F-93017 Bobigny, France
2 International Agency for Research on Cancer, World Health Organization, Lyon, France
3 Department of Public Health, Hôpitaux Universitaires Paris Seine-Saint-Denis (AP-HP), Bobigny, France
4 Amsterdam UMC, location Vrije Universiteit Amsterdam, Department of Epidemiology and Data Science, Amsterdam, Netherlands
5Amsterdam Public Health, Health Behaviors and Chronic Diseases, Amsterdam, Netherlands
6 Danish Cancer Society Research Center, Copenhagen, Denmark
7 Department of Public Health, University of Copenhagen, Copenhagen, Denmark
8 Department of Cancer Epidemiology, German Cancer research Center (DKFZ), Heidelberg, Germany
9 Department of Molecular Epidemiology, German Institute of Human Nutrition Potsdam-Rehbruecke, Nuthetal, Germany
10 Institute of Nutritional Science, University of Potsdam, Nuthetal, Germany
11 Clinical Epidemiology Unit, Institute for cancer research, prevention and clinical network (ISPRO), Florence, Italy
12 Fondazione IRCCS Istituto Nazionale dei Tumori di Milano, Milan, Italy
13 School of Medicine, Federico II University, Naples, Italy
14 Centre for Biostatistics, Epidemiology, and Public Health, Department of Clinical and Biological Sciences, University of Turin, Italy
15 Unit of Epidemiology, Regional Health Service ASL TO3, Grugliasco (TO), Italy
16 Department Life Course and Health, Centre for Nutrition, Prevention and Health Services, National Institute for Public Health and the Environment, Bilthoven, the Netherlands
17 Julius Center for Health Sciences and Primary Care, University Medical Center Utrecht, Utrecht University, Utrecht, The Netherlands
18 Department of Community Medicine, Faculty of Health Sciences, University of Tromsø (UiT) – The Arctic University of Norway, Tromsø, Norway
19 Unit of Nutrition and Cancer, Catalan Institute of Oncology – ICO, L’Hospitalet de Llobregat, Spain
20 Nutrition and Cancer Group; Epidemiology, Public Health, Cancer Prevention and Palliative Care Program; Bellvitge Biomedical Research Institute – IDIBELL, L’Hospitalet de Llobregat, Spain
21 CIBER of Epidemiology and Public Health (CIBERESP), Madrid, Spain;
22 Department of Nutrition and Food Science, Campus of Cartuja, University of Granada, Granada, Spain
23 Instituto de Investigación Biosanitaria ibs.GRANADA, Granada, Spain
24 Institute of Nutrition and Food Technology (INYTA) ‘José Mataix’, Biomedical Research Centre, University of Granada, Granada, Spain
25 Department of Epidemiology, Murcia Regional Health Council, Murcia, Spain.
26 Navarra Public Health Institute, Pamplona, Spain
27 Navarra Institute for Health Research (IdiSNA), Pamplona, Spain
28 Nutritional Epidemiology, Department of Clinical Sciences Malmö, Lund University, Malmö, Sweden
29 Department of Internal Medicine and Clinical Nutrition, The Sahlgrenska Academy, University of Gothenburg, Gothenburg, Sweden
30 Department of Public Health and Clinical Medicine, Umeå University, Umeå, Sweden
31 Cancer Epidemiology Unit, Nuffield Department of Population Health, University of Oxford, Oxford, United Kingdom
32 School of Public Health, Faculty of Medicine, Imperial College London, London, United Kingdom
33 Department of Public Health and Primary Care, University of Cambridge, United Kingdom

The Lancet Regional Health – Europe, DOI : 10.1016/j.lanepe.2024.101006