Pour que le Nutri-Score soit efficace, il faut qu’il soit affiché sur tous les aliments ! Afin de contraindre tous les industriels à l’afficher, les consommateurs peuvent faire pression sur la commission Européenne pour le rendre obligatoire, en signant la pétition de l’Initiative Citoyenne Européenne PRO-NUTRISCORE !

Pr Serge Hercberg (1,2), Dr Pilar Galan (1), Dr Mathilde Touvier (1),
Manon Egnell (1),    Dr Chantal Julia (1,2)

(1) Equipe de Recherche en Epidémiologie Nutritionnelle (EREN), U1153 Inserm/Inra/Cnam/Université Paris 13

(2) Département de Santé Publique, Hôpital Avicenne, AP-HP

Après une bataille de plusieurs années, le logo nutritionnel Nutri-Score a été adopté officiellement par la France en octobre 2017, et plus récemment par plusieurs autres pays européens (Belgique, Espagne). Destiné à être apposé sur la face avant des emballages des aliments, il a pour objectif d’informer les consommateurs, de façon simple et compréhensible, sur la qualité nutritionnelle globale des aliments et les aider à comparer les produits entre eux pour orienter leurs choix vers des aliments plus favorables à la santé. Le deuxième objectif du Nutri-Score est de pousser les fabricants à améliorer la qualité nutritionnelle de leurs aliments au travers de reformulations et/ou innovations dans le but d’être mieux positionnés sur l’échelle de couleurs du Nutri-Score .

L’intérêt du Nutri-Score est qu’il s’appuie sur un dossier scientifique très complet. Plus de 35 travaux publiés dans des revues scientifiques internationales ont permis de valider son mode de calcul et son format, et de démontrer ainsi son efficacité et sa supériorité par rapport aux autres logos existants, notamment ceux proposés par divers groupes de pression.

Conçu par l’Equipe de Recherche en Epidémiologie Nutritionnelle (Inserm/Inra/Cnam/Université Paris 13), une équipe de chercheurs académiques indépendants, Nutri-Score comprend 5 classes de qualité nutritionnelle,  allant du vert (associé à la lettre A) à l’orange foncé/rouge (associé à la lettre E). L’algorithme sous-tendant le NutriScore attribue à chaque produit alimentaire un score unique en fonction de sa composition nutritionnelle en éléments négatifs (calories, sucres simples, acides gras saturés et sodium) et positifs (fibres, pourcentage de fruits et légumes et protéines).

Cependant, aujourd’hui, l’apposition du Nutri-Score dépend totalement de la bonne volonté des industriels qui peuvent refuser de jouer le jeu de l’afficher sur leurs produits. En effet, du fait d’une réglementation européenne (INCO) votée il y a quelques années (et rédigée dans un contexte de pressions importante de puissants lobbys) les états-membres n’ont pas la possibilité de rendre obligatoire l’apposition d’un logo nutritionnel comme le Nutri-Score sur les produits alimentaires. De ce fait, si un certain nombre d’industriels et de grands distributeurs ont accepté de le faire, depuis la parution de l’arrêté l’officialisant comme le seul logo soutenu par les pouvoirs publics en France puis son adoption par la Belgique et L’Espagne, de grosses multinationales (entre autres Coca-Cola, PepsiCo, Mars, Unilever, Mondelez, Ferrero ou Kellogg’s) refusent toujours de l’afficher sur leurs produits et donc de fournir aux consommateurs une réelle transparence sur la qualité nutritionnelle de ces aliments. Coca-Cola a même récemment adopté un système de type ‘feux tricolores multiples’ sur ses produits en France, entrant alors en concurrence avec le Nutri-Score entraînant de plus en plus de confusion chez les consommateurs…
Ce n’est peut-être pas sans arrière-pensée que ces grandes multinationales refusent le Nutri-Score. Le portefeuille d’aliments de ces sociétés contient des produits particulièrement sucrés, gras ou salés, donc classés plutôt en D ou E sur l’échelle du Nutri-Score. Il s’agit, entre autres, de boissons sucrées, de barres chocolatées, de confiseries, de biscuits sucrés, de céréales du petit déjeuner, de glaces ou encore de biscuits apéritifs. Par exemple, pour les groupes Mars et Ferrero, 100 % des aliments de ces firmes sont classés en D ou E; pour Mondelez, c’est 86 % de leurs produits ; 54 % pour Coca-Cola ; 52 % pour Unilever ; 50 % pour Kellogg’s et 46 % pour PepsiCo (https://theconversation.com/logo-nutritionnel-pourquoi-certains-industriels-font-de-la-resistance-87424).

Certaines de ces grosses sociétés continuent par tous les moyens d’essayer de bloquer l’adoption du Nutri-Score au niveau européen. Les méthodes utilisées font appel à différentes stratégies qui convergent pour éviter une adoption généralisée du Nutri-Score en Europe. Cela passe par la proposition d‘alternatives de logos qui, sans grande suprise, avantagent leurs produits comme le logo Evolved Nutrition Label, dérivé des feux tricolores anglais mais qui, par une subtile manipulation (le calcul par portion plutôt qu’aux 100g), permet de faire « pâlir » les couleurs faisant passer le rouge en orange, induisant ainsi les consommateurs en erreur sur la composition nutritionnelle réelle des produits. D’autres alternatives proposées paraissent très peu compréhensibles pour les consommateurs comme les cercles nutritionnels proposé par l’association des industriels allemands BLL, les Apports de Référence (GDA ou RI) soutenus par de nombreux industriels, ou encore le système des batteries proposé par le gouvernement italien (pays où le poids économique de groupes agro-alimentaires puissants comme Ferrero ou les filières de la charcuterie et des fromages italiens reste important…). Le système italien semble d’ailleurs particulièrement contre-intuitif, représentant la teneur en nutriments au travers de l’icône traditionnellement utilisée pour surveiller la charge d’un téléphone ou d’un appareil électrique, mais curieusement utilisée dans le logo italien en sens inverse (plus la batterie est « déchargée », meilleure est la qualité nutritionnelle de l’aliment !). Mais outre le fait de proposer des alternatives qui leurs sont plus favorables (dans la construction ou dans la difficulté d’interprétation d’un système complexe), ces multinationales visent à brouiller les messages et à multiplier les logos pour marginaliser le Nutri-Score et empêcher qu’il soit retenu officiellement par un maximum de pays européens.

Si 116 entreprises (industriels et distributeurs) ont à ce jour accepté d’afficher le Nutri-Score en France, ce qui représente environ 20 à 25 % du marché alimentaire français (voir liste sur le site de Santé Publique France : https://www.santepubliquefrance.fr/Sante-publique-France/Nutri-Score) et si plusieurs autres ont fait de même en Belgique, en Allemagne et en Espagne, il apparait clairement que les grandes multinationales ne sont toujours pas prêtes à rejoindre ce mouvement positif utile aux consommateurs. Or ces grandes multinationales opposées à l’affichage du Nutri-Score représentent plusieurs centaines de marques. Si l‘on regarde les 10 plus grandes multinationales de l’agro-alimentaire dans le monde elles représentent près de 500 marques différentes (472 en 2015 selon OXFAM) soit une très grande partie de l’offre alimentaire mise à la disposition des consommateurs. Or parmi ces 10 multinationales 8 refusent d’afficher le Nutri-Score (seul Danone, et plus récemment Nestlé ont accepté).

LES 10 PLUS GROSSES SOCIETES AGRO-ALIMENTAIRES ET LEURS DIFFERENTES MARQUES

D’autres sociétés industrielles (en dehors du Top 10) sont également toujours réticentes à afficher le Nutri-Score : c’est le cas de Lactalis, Ferrero, Aoste, Bel, Lesieur, Bigard, Charal, Pasquier, Harris et de très nombreuses autres sociétés produisant des produits très largement répandus sur les rayons des supermarchés. Il s’agit donc d’une perte de chance pour les consommateurs qui n’ont pas accès à une information synthétique, simple et intuitive pour de très nombreux produits présents dans les rayons des supermarchés ou des magasins alimentaires. Or le souhait d’une transparence sur la qualité nutritionnelle des aliments est une demande forte des consommateurs, qui d’ailleurs, font de plus en plus appel à des applications mobiles proposant ce type d’information même pour les marques qui n’affichent pas le Nutri-Score.

Certes la pression des consommateurs peut se faire ressentir au niveau des marques qui refusent d’afficher le Nutri-Score en évitant ou boycottant leurs produits, sur le principe que « s’ils ne l’affichent pas, c’est qu’ils ont des choses à cacher ! ». Mais la meilleure solution, permettant aux consommateurs d’avoir un environnement d’achat leur permettant, s’ils le souhaitent, d’intégrer la dimension nutritionnelle dans leurs comportements d’achat, est d’obliger tous les opérateurs économiques concernés à afficher le Nutri-Score afin que tous les produits mis en vente soient étiquetés. Il faut donc pouvoir rendre obligatoire l’affichage du Nutri-Score, ce qui nécessite de modifier le règlement européen concernant l’information des consommateurs (INCO) adopté en 2011 par le parlement européen et dont l’essentiel de ses dispositions a pris effet le 13 décembre 2014 . Ce règlement, adopté après plusieurs années de discussions a rendu obligatoire un étiquetage qui se matérialise sous forme d’un tableau des valeurs nutritionnelles au dos des emballages (dont les études ont montré qu’il était peu utilisé par les consommateurs, compte-tenu de la complexité de sa présentation et de son interprétation), et d’autre part, interdit aux états européens de rendre obligatoire un système d’information nutritionnel complémentaire sur la face avant des emballages. Les lobbies de l’industrie ont d’ailleurs dépensé 1 milliard d’euros en 2015 pour empêcher la mise en place d’un logo en face avant des emballages à l’échelle européenne (chiffre jamais démenti par l’industrie agro-alimentaire qui est à rapprocher des quelques 985 milliards d’euros brassés par ce secteur).

Modifier un règlement européen par la procédure politique classique est, outre le problème posé par les puissants lobbys qui s’y opposent, un processus particulièrement long, complexe et incertain (compte-tenu également du fait que certains états proches de leurs secteurs industriels agro-alimentaires sont capables de bloquer le processus…).

Une autre procédure existe pour amener la Commission Européenne (CE) à revoir le règlement empêchant que le Nutri-Score soit rendu obligatoire : l’initiative citoyenne européenne (ICE), qui est une innovation du traité de Lisbonne, mise en place de façon effective en mai 2012 et donnant un droit d’initiative politique à un rassemblement d’au moins un million de citoyens de l’Union européenne, venant d’au moins un quart des pays membres. La Commission européenne peut ainsi être amenée à rédiger de nouvelles propositions d’actes juridiques sur la base des demandes des citoyens. Il s’agit là d’une opportunité unique pour faire bouger la Commission et permettre de rediscuter le fait de rendre obligatoire et de façon exclusive l’application du Nutri-Score en Europe. Encore fallait-il que les conditions fixées pour déposer une initiative citoyenne européenne soient réunies et que la demande soit recevable et enregistrée par la CE. C’est chose faite avec l’initiative citoyenne européenne intitulée « PRO-NUTRISCORE », lancée à l’initiative de 7 associations de consommateurs membres du BEUC (Bureau Européen des Associations de Consommateurs): UFC-Que Choisir (France), Test-Achat (Belgique), VZBV (Allemagne), Consumentenbond (Pays-Bas), OCU (Espagne), Federajca Konsumentow (Pologne) et EKPIZO (Grèce).

Enregistrée le 8 mai 2019, sous le numéro ECI(2019)000008, son objet est de demander à la Commission Européenne d’imposer l’étiquetage simplifié « Nutri-Score » sur les produits alimentaires, pour garantir une information nutritionnelle de qualité aux consommateurs européens et protéger leur santé avec 3 finalités :

1. Simplifier la lecture et la compréhension de l’étiquetage nutritionnel : comprendre l’intérêt nutritionnel d’un aliment en un coup d’œil face à la diversité de l’offre alimentaire ;
2. Agir sur les problématiques de santé publique en incitant les professionnels à améliorer la composition de leurs produits ;
3. Harmoniser l’information nutritionnelle au niveau européen en imposant un étiquetage officiel unique, permettant de mettre fin à la confusion des consommateurs européens face à la myriade de logos existants.

L’enregistrement de cette initiative citoyenne européenne est un premier succès (elles sont nombreuses à être rejetée). Mais il reste pour que cette initiative aille à son terme à rassembler, en moins d’une année, un million de signatures réparties dans au moins 7 pays européens et enregistrées sur le site de la Commission européenne : http://www.pronutriscore.org

Ce n’est pas une chose simple : seules 4 initiatives citoyennes sur 64 proposées à la Commission européenne ont pu être enregistrées et récupérer plus d’1 million de signatures. Mais les citoyens/consommateurs ont au travers de cette ICE la possibilité de se faire entendre auprès de la Commission. Il s’agit d’un élément de démocratie participative dans le fonctionnement de l’Union européenne qui peut être un moyen permettant de faire avancer la santé publique au bénéfice des consommateurs malgré les lobbys qui s’y opposent. En cliquant sur le lien http://www.pronutriscore.org, chaque citoyen/consommateur est dirigé sur le serveur sécurisé de la Commission Européenne pour enregistrer sa signature. Les données exigées pour signer la pétition (numéro de carte d’identité ou de passeport) découlent de la réglementation sur l’initiative citoyenne européenne. Elles sont hébergées par la Commission européenne dans un espace sécurisé et ne font, bien évidemment, l’objet d’aucun échange ou transfert.

Les chercheurs en Nutrition et Santé Publique ne peuvent que soutenir cette initiative des associations de consommateurs qui est une opportunité exceptionnelle pour les citoyens de peser sur la Commission européenne afin que les bénéfices de la mesure en termes de santé publique soient pris en compte et l’emportent sur la défense d’intérêts économiques. Et l’on peut donc espérer que le Nutri-Score se retrouve demain sur tous les produits alimentaires mis à la disposition des consommateurs leur permettant de pouvoir comparer, d’un seul coup d’œil, la qualité nutritionnelle des aliments et pouvoir intégrer cette dimension dans leur actes d’achat.

Par cette mesure simple, les consommateurs auront dans leur vie quotidienne la possibilité d’améliorer leurs choix alimentaires et tendre vers des apports nutritionnels plus favorables à la santé tout en ayant accès à une offre alimentaire de meilleure qualité nutritionnelle. Ceci est important compte tenu des grands enjeux de santé publique liés à la nutrition et notamment son rôle majeur reconnu dans le risque ou la protection vis-à-vis de maladies chroniques telles que les maladies cardio-vasculaires, certains cancers, obésité, diabète… Cette transparence nutritionnelle si utile à la santé est un droit des consommateurs et un devoir de ceux qui fabriquent les aliments ou qui les distribuent, qui ne doivent d’aucune façon pouvoir s’y soustraire. C’est pour cela qu’il faut signer cette pétition citoyenne. Nous la signons et vous invitons à faire de même : http://www.pronutriscore.org

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