Lors d’une émission diffusée le 8 octobre 2026 sur la chaine parlementaire (LCP) à propos de la pétition citoyenne pour rendre obligatoire le Nutri-Score (plus de 114 000 signatures à ce jour), la députée du RN présente, Mme Joelle Mélin, dans une tentative de justifier son opposition au Nutri-Score, et celle de son parti, a affirmé (et ce n’est hélas pas la première fois) que, pour elle, il existait un meilleur logo nutritionnel plus complet et a réitéré son soutien au Planet-Score qu’elle présente comme une alternative au Nutri-Score qu’elle considère « insuffisant ». Selon ses dires, Planet-Score donnerait aux consommateurs, à la fois le Nutri-Score classique mais irait beaucoup plus loin en fournissant également des informations sur d’autres dimensions importantes, notamment l’ultra-transformation…
(voir la séquence sur https://x.com/LCP/status/2108265336944333155)

Madame la députée Mélin a absolument tout faux !!!!
En effet, le Planet-Score est un indicateur environnemental (piloté par une structure privée qui n’est d’ailleurs pas reconnue par les pouvoirs publics) dont l’objectif est d’informer les consommateurs sur l’impact écologique des aliments et donc leurs conséquences sur la santé de la planète. Mais il n’informe en aucun cas sur la composition nutritionnelle des aliments et les conséquences sur la santé humaine, ce qui est, par contre, la vocation du Nutri-Score.
Le Planet-Score intègre uniquement des critères environnementaux : le climat, la biodiversité et les pesticides. Ce n’est donc pas un logo nutritionnel !
Le design du logo Planet-Score affiche une « note globale » sous forme de couleurs/lettres (du vert à rouge, de A à E) – ressemblant au Nutri-Score mais sans que figure le nom Nutri-Score au-dessus des couleurs/lettres –, ce que Mme la députée Belin croit être « la barrette du Nutri-Score » (ce qui n’est absolument pas le cas), avec en dessous trois sous-indicateurs permettent de voir le détail, notamment pour les pesticides, la biodiversité et le climat.

Les informations fournies par le Nutri-Score (composition nutritionnelle) et le Planet-Score (impact environnemental) n’ont donc rien à voir en termes des champs qu’ils recouvrent.
Cette nouvelle sortie de la députée RN pour proposer le Planet-Score à la place du Nutri-Score est donc soit un signe majeur d’incompétence ou bien l’expression d’une malhonnêteté intellectuelle (ou les 2). C’est avant tout une désinformation totale.
C’est gênant que Mme la Députée Mélin, médecin de formation, conseillère médicale du RN fasse croire que le Nutri-Score est intégré dans le Planet-Score. C’est une fake-news grossière.
S’est-elle fait piéger par le fait que le logo environnemental Planet-Score utilise dans sa présentation les même couleurs et lettres et un graphisme très proche que le logo officiel nutritionnel Nutri-Score (elle croit, ou semble croire, y reconnaître la barrette Nutri-Score). Nous avons dénoncé à de multiples reprises, et d’autres l’ont fait également, le fait que cette proximité graphique peut semer une confusion trompeuse pour le consommateur. C’est d’ailleurs sur cette confusion qu’ont misé certains industriels (comme Bjorg) pour essayer de faire passer incognito la suppression du Nutri-Score de leurs leur produit après sa mise à jour en 2024 qui leur a déplu et le remplacer discrètement par le Planet-Score… Cela a fait l’objet de nombreuses communications pour dénoncer cette manipulation (que semblent ignorer Mme Mélin).
On comprend bien l’intérêt que peuvent avoir certaines sociétés à remplacer le Nutri-Score par le Planet-Score, ce qui peut tromper les consommateurs à leur profit… Dans la figure suivante on peut voir que des produits très sucrés peu favorables sur le plan nutritionnel (Nutri-Score D et E) peuvent avoir un faible impact environnemental et bénéficier d’un Planet-Score A ou B pouvant laisser croire que c’est le Nutri-Score que la marque affichait antérieurement et donner l’impression d’un bon score nutritionnel.

On peut tout à fait comprendre que les classements soient divergents entre les deux logos. Les deux informations qu’ils recouvrent (la qualité nutritionnelle d’une part et l’impact environnemental d’autre part) sont différentes et ne se substituent pas. Les deux sont importantes et pourraient être légitimement affichées de façon complémentaire sur les emballages. Mais il n’est pas acceptable de remplacer le Nutri-Score par le Planet-Score ou de laisser croire que le Planet-Score serait un logo nutritionnel comblant les soi-disant « insuffisances » du Nutri-Score, comme le fait la députée Mélin au nom du RN.
Difficile de croire que la députée du RN soit tombée dans le panneau et puisse croire que la barrette colorielle qui est représentés dans le graphisme du Planet-Score corresponde au Nutri-Score ! Si c’est le cas, cela prouve qu’elle n’a vraiment pas étudié le dossier et répète au nom du RN depuis deux ans les mêmes faux arguments sans s’informer malgré l’abondance d’informations qui circulent sur le sujet !
Autre hypothèse: le RN souhaite volontairement répandre des fake news en maintenant une totale confusion entre les deux logos pour essayer de discréditer Nutri-Score justifiant ainsi ses multiples votes négatifs à l’Assemblée Nationale quand sont discutées des propositions de loi ou des amendements visant à le rendre obligatoire…
Et d’ailleurs Madame la députée Melin ne s’arrête pas la dans ses fausses informations. Pour justifier son soutien au Planet-Score, elle n’hésite pas à affirmer qu’il informerait sur le degré de transformation des aliments et permettrait donc de reconnaitre les aliments ultra-transformés, ce qui serait un avantage par rapport au Nutri-Score qui ne le ferait pas (même s’il existe une version augmentée du Nutri-Score avec un bandeau noir pour signaler les aliments ultra-transformés). Cette affirmation sur la capacité du Nutri-Score de permettre de reconnaitre les aliments ultra-transformés est également totalement fausse : le Planet-Score qui est un logo environnemental n’intègre absolument pas cette dimension ni dans son concept, ni dans son design !
Et cerise sur le gâteau des fausses informations sur le Planet-Score, Mme Mélin, pour essayer de donner du poids au choix de son parti, essaye de faire croire avec un incroyable aplomb (elle l’affirme à 2 reprises) que le Planet-Score a été mis au point par l’INRAe – qu’elle nomme Institut Nationale de la Recherche Agricole (sic) au lieu d’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement – et que l’INRAe aurait fait de très nombreuses études le justifiant… C’est là encore totalement mensonger. L’INRAe n’a jamais travaillé sur le Planet-Score.
C’est ce que rappelle d’ailleurs l’INRAe dans son communiqué paru le 14 octobre en réponse à ce type de fake news : « Il faut bien distinguer le Nutri-Score du Planet-Score qui est un dispositif d’affichage environnemental, qui n’est pas une initiative publique, sur lequel n’a donc pas travaillé INRAE. Le Planet-Score vise à informer les consommateurs sur les impacts environnementaux des produits alimentaires ».

Cette mise en cause de l’INRAe est d’autant plus gênante que le Planet-Score (initialement développé par l’ITAB) a été récupéré et est actuellement managé par une société privée qui a fait l’objet de mises en causes dans plusieurs médias (https://www.mediapart.fr/journal/ecologie/291225/alimentation-les-limites-du-planet-score; https://bonpote.com/planet-score-letiquette-qui-verdit-la-viande-rouge/).
Il est choquant qu’une responsable politique, qui de surcroit est présentée comme la conseillère santé du RN et qui a la charge d’intervenir dans le cadre des discussions sur le Nutri-Score se montre si mal informée ou si mal renseignée et justifie une opposition au Nutri-Score avec des arguments aussi absurdes et mensongers.
Et bien sûr on retrouve également dans le reste de son interview (accessible sur le replay de l’émission complète https://lcp.fr/programmes/chaque-voix-compte/parcoursup-peut-mieux-faire-441576, à partir de 39mn 25 sec « la Question qui fâche ») tous les arguments fallacieux des lobbies (algorithme calculé pour 100g d’aliments, non prise en compte de l’ultra-transformation, protection des petits producteurs, gastro-populisme…), la rhétorique habituelles des opposants à laquelle les scientifiques ont répondu à de très nombreuses reprises (par ex voir l’article de synthèse : https://nutriscore.blog/2025/10/28/le-logo-nutritionnel-nutri-score-justifications-bases-scientifiques-mode-demploi-interet-et-limites-deploiement-et-mise-a-jour/). Cela fait partie de la posture générale des détracteurs qui instrumentalise de vraies questions sur les limites des logos nutritionnels (qui sont bien connues et assumées) pour essayer de minimiser ou nier leurs intérêts démontrés en termes de santé publique.
Ainsi c’est sur la base, non pas d’une mésinformation, mais d’une vraie stratégie de désinformation couplée à un déni de la science et de la santé publique que se positionne le RN dans son combat pour bloquer la généralisation de Nutri-Score, ce qu’il a réussi à faire jusqu’à présent. C’est le RN qui a empêché son adoption lors du PLFSS 2026 le 3 décembre 1925 : 117 député.e.s avaient voté pour et120 contre. L’obligation d’afficher le Nutri-Score est donc tombée à trois voix près, le RN fournissant 70 des 120 voix contre.
Il est intéressant de noter que l’opposition du RN au Nutri-Score est constante. Sur les sept scrutins publics consacrés depuis 2024 à une obligation d’afficher le Nutri-Score, sur les emballages des aliments ou dans les publicités, aucun député du groupe n’a voté pour… Et toujours les mêmes arguments !
La Santé publique est par nature transpartisane. La généralisation du Nutri-Score est soutenu actuellement par des députés de l’ensemble des groupes politiques représentés à l’Assemblée en dehors du RN et de l’UDR. Il est regrettable que le RN et ses alliés se positionnent dans un refus systématique s’appuyant sur des faux arguments qui sont du ressort de la désinformation, comme ceci est démontré de façon éclatante par les affirmations erronées et mensongères de leur conseillère santé dans l’émission diffusée sur LCP.
